Pourquoi le cancer du poumon évolue différemment chez les fumeurs et les non-fumeurs ? Une étude publiée dans Nature apporte de nouvelles réponses.

Fumeurs et non-fumeurs : pourquoi le cancer du poumon n’évolue pas de la même manière ?

Le cancer du poumon est souvent associé au tabac. Pourtant, une part significative des patients n’a jamais fumé. Une vaste étude internationale publiée dans la prestigieuse revue Nature, à laquelle a contribué le Pr Paul Hofman, membre de l’IHU RespirERA, montre que les cancers du poumon n’évoluent pas tous de la même manière selon le profil des patients. Ces résultats ouvrent de nouvelles perspectives pour mieux comprendre la maladie et, à terme, mieux la prévenir et la traiter.

Mieux comprendre l’évolution du cancer du poumon

Les chercheurs ont analysé plus de 1 000 adénocarcinomes pulmonaires, la forme la plus fréquente de cancer du poumon, en combinant des données génétiques très détaillées avec d’autres informations biologiques (on parle d’approche « multi-omique »).

Objectif : retracer l’histoire du cancer, depuis les premières altérations cellulaires jusqu’à son développement, afin d’identifier les mécanismes qui favorisent sa progression.

Des cancers différents selon l’exposition au tabac

L’étude met en évidence des différences marquées entre les cancers du poumon chez les fumeurs et chez les non-fumeurs.

Chez les fumeurs, les tumeurs portent de nombreuses mutations directement liées au tabac, notamment sur le gène KRAS. Leur évolution est souvent rapide, avec une diversification limitée des cellules cancéreuses.

Chez les personnes n’ayant jamais fumé, les cancers suivent une trajectoire différente. Les chercheurs observent très tôt des anomalies du nombre de copies de certains gènes et des mutations du gène EGFR, bien connues en oncologie thoracique.

Ces différences montrent que le tabac n’influence pas seulement le risque de cancer, mais aussi la manière dont la maladie se développe dans le temps.

Sexe et origine : des facteurs qui comptent aussi

L’étude révèle également que le sexe et l’origine géographique jouent un rôle dans l’évolution du cancer du poumon chez les non-fumeurs.

Par exemple, certaines tumeurs chez des femmes d’origine européenne évoluent très lentement, parfois sur plusieurs années, avant d’être détectées. À l’inverse, chez des patients asiatiques n’ayant jamais fumé, l’évolution peut être plus rapide. Ces résultats soulignent l’importance d’une approche personnalisée du dépistage et du suivi des patients.

Une découverte clé : un mécanisme agressif encore méconnu

Les chercheurs ont identifié une signature génétique spécifique, appelée ID2, associée à un mécanisme jusque-là peu reconnu dans le cancer du poumon. Cette signature est liée à la réactivation d’éléments génétiques anciens présents dans notre ADN, appelés LINE-1.

Lorsque ces éléments se réactivent, ils provoquent une forte instabilité du génome, rendant les tumeurs plus agressives, plus susceptibles de former des métastases et associées à un moins bon pronostic. Identifier ce mécanisme permettrait, à l’avenir, de repérer plus tôt les formes les plus agressives de la maladie.

Vers un dépistage et des traitements plus ciblés

Cette étude illustre toute la complexité du cancer du poumon, mais aussi les opportunités qu’offre une meilleure compréhension de son évolution. En identifiant des trajectoires distinctes selon le tabagisme, le sexe ou l’origine, la recherche ouvre la voie à des stratégies de dépistage plus adaptées et à des traitements toujours plus personnalisés.

Les travaux auxquels a contribué le Pr Paul Hofman s’inscrivent pleinement dans la mission de l’IHU RespirERA : mieux comprendre les maladies respiratoires pour réduire leur impact sur la population et améliorer la santé respiratoire de tous.

 

Lien vers la publication : Uncovering the role of LINE-1 in the evolution of lung adenocarcinoma.