Souvent, le cancer du poumon est simplement associé au tabagisme. Pourtant, près d’un quart des cancers du poumon touchent des personnes qui n’ont jamais fumé. Une réalité encore mal comprise, qui soulève de nombreuses questions, notamment sur le rôle de l’environnement.
Une étude internationale majeure, publiée dans la prestigieuse revue Nature et co-signée par le Pr Paul Hofman, membre de l’IHU RespirERA, apporte aujourd’hui un éclairage inédit sur les mécanismes biologiques à l’origine de ces cancers chez les non-fumeurs.
Une analyse mondiale des cancers du poumon chez les non-fumeurs
Dans le cadre de l’étude Sherlock-Lung, les chercheurs ont analysé le génome tumoral de 871 patients atteints d’un cancer du poumon n’ayant jamais fumé, issus de 28 régions du monde. L’objectif : identifier les « traces » laissées par différents facteurs environnementaux dans l’ADN des cellules cancéreuses.
Chaque agression subie par nos cellules (pollution, substances toxiques, vieillissement…) peut provoquer des mutations spécifiques. Ces mutations constituent de véritables empreintes biologiques, appelées « signatures mutationnelles », que les scientifiques peuvent aujourd’hui décrypter.
Des différences marquées selon les régions du monde
L’étude met en évidence des différences génétiques importantes selon les zones géographiques :
- En Europe et en Amérique du Nord, certaines mutations (notamment du gène KRAS) sont plus fréquentes.
- En Asie de l’Est, d’autres mutations, comme celles des gènes EGFR ou TP53, sont davantage observées.
- À Taïwan, une signature mutationnelle très spécifique est associée à l’exposition à une substance naturelle toxique, l’acide aristolochique, présente dans certaines plantes médicinales.
Ces résultats montrent que le cancer du poumon chez les non-fumeurs n’est pas une maladie uniforme, mais qu’il reflète des expositions environnementales diverses.
Pollution de l’air : un facteur clé mis en évidence
L’un des enseignements majeurs de cette étude concerne la pollution de l’air. Les chercheurs montrent que les personnes vivant dans des régions fortement polluées présentent :
- Davantage de mutations dans des gènes clés impliqués dans le cancer,
- Une augmentation globale du nombre de mutations dans l’ADN,
- Un raccourcissement des télomères, des structures qui protègent nos chromosomes et dont l’usure est associée au vieillissement cellulaire.
Plus les niveaux de pollution sont élevés, plus ces effets sont marqués, suggérant un lien direct et dose-dépendant entre pollution atmosphérique et altérations génétiques.
À l’inverse, l’exposition au tabagisme passif ne semble pas associée à des signatures mutationnelles spécifiques dans cette étude, soulignant le rôle prépondérant de la pollution de l’air.
Mieux comprendre pour mieux prévenir
Ces travaux permettent de mieux comprendre comment l’environnement façonne le génome des cancers du poumon chez les non-fumeurs. Ils ouvrent la voie à :
- Une meilleure prévention, notamment en lien avec la qualité de l’air,
- Une amélioration du diagnostic et de la médecine de précision,
- Une prise de conscience accrue des enjeux de santé publique liés à la pollution atmosphérique.
À travers cette publication, l’IHU RespirERA confirme son engagement à faire progresser la recherche sur la santé respiratoire et à mieux comprendre les causes des maladies pulmonaires, au service des patients et de la population.
Lien vers la publication : The mutagenic forces shaping the genomes of lung cancer in never smokers.