Dans une revue critique, le Pr Paul Hofman, directeur de l’IHU RespirERA, et le Pr Umberto Malapelle analysent comment développer les biopsies liquides au sein d’un plus grand nombre de centres de soins. Ils identifient les bénéfices attendus, mais aussi les exigences scientifiques, techniques et économiques indispensables à cette décentralisation.
Rendre les analyses plus accessibles sans réduire leur fiabilité
Les biopsies liquides doivent-elles rester concentrées sur quelques plateformes spécialisées ou peuvent-elles être réalisées au sein d’un plus grand nombre de laboratoires hospitaliers ? C’est la question examinée par les professeurs Paul Hofman et Umberto Malapelle dans une revue critique consacrée à l’oncologie thoracique.
Leur article ne présente pas un nouveau test diagnostique ni les résultats d’un essai clinique. Il analyse un modèle d’organisation destiné à rapprocher certaines analyses moléculaires des centres qui prennent en charge les patients atteints d’un cancer du poumon.
La biopsie liquide consiste à rechercher, dans le sang ou d’autres fluides biologiques, des éléments susceptibles de renseigner sur une tumeur. En oncologie thoracique, l’analyse de l’ADN tumoral circulant peut notamment aider à identifier certaines altérations moléculaires associées à des options thérapeutiques ciblées.
Cette approche est aujourd’hui utilisée dans des situations précises, en particulier pour certains cancers bronchiques non à petites cellules avancés ou métastatiques. Elle peut compléter une biopsie tissulaire lorsque le prélèvement de tissu est impossible, insuffisant ou difficile à renouveler.
Réduire certains délais et faciliter les échanges
Une partie des biopsies liquides est actuellement envoyée vers des plateformes nationales ou commerciales. Cette centralisation permet de regrouper des équipements et des compétences spécialisés, mais le transport et le traitement externe des échantillons peuvent allonger les délais.
Réaliser certaines analyses au sein du centre de soins pourrait accélérer l’obtention des résultats. Pour des tests ciblés portant sur un seul gène, les auteurs indiquent qu’un résultat peut, dans des conditions adaptées, être obtenu en une journée.
La proximité facilite également les échanges entre oncologues, pathologistes, biologistes, techniciens et bio-informaticiens. Ces professionnels peuvent confronter plus rapidement les données moléculaires aux autres informations cliniques et biologiques disponibles.
Cette organisation pourrait ainsi contribuer à améliorer l’accès aux tests moléculaires. Les auteurs soulignent toutefois qu’une plus grande proximité ne garantit pas, à elle seule, un accès équitable ni une meilleure prise en charge.
Une décentralisation qui ne peut pas s’improviser
Toutes les biopsies liquides ne peuvent pas être réalisées de la même manière ni dans tous les laboratoires. Certaines altérations moléculaires sont plus difficiles à détecter dans le sang, notamment lorsque la quantité d’ADN tumoral circulant est faible. La biopsie liquide ne remplace donc pas systématiquement la biopsie tissulaire.
La fiabilité des résultats dépend également de la maîtrise de chaque étape : prélèvement et préparation du sang, analyse moléculaire, traitement des données et interprétation du résultat. Des procédures insuffisamment harmonisées peuvent augmenter le risque de résultats faussement négatifs ou positifs.
Les laboratoires concernés doivent disposer d’équipes formées, de compétences en bio-informatique et d’un système de contrôle de la qualité. Ils doivent également participer à des évaluations externes et s’inscrire dans une démarche d’accréditation, notamment selon la norme ISO 15189 en Europe.
La décentralisation entraîne enfin des contraintes humaines et économiques. Elle augmente la charge de travail, nécessite des équipements adaptés et impose une actualisation régulière des techniques et des panels de gènes analysés.
Organiser un réseau entre centres de proximité et laboratoires experts
L’article n’oppose pas simplement un modèle centralisé à un modèle entièrement local. L’organisation doit être adaptée au volume d’analyses, aux ressources et aux compétences de chaque établissement.
Pour les structures qui traitent peu d’échantillons, un fonctionnement en réseau peut constituer une solution. Les centres de proximité peuvent prendre en charge certaines étapes ou certains tests, tandis que les analyses les plus complexes restent confiées à des laboratoires experts.
Les auteurs identifient plusieurs leviers pour accompagner cette évolution : automatiser certaines étapes techniques, renforcer les formations, développer les évaluations externes de la qualité, harmoniser les comptes rendus moléculaires et construire des modèles de financement adaptés.
Les nouvelles indications envisagées pour la biopsie liquide, notamment aux stades précoces du cancer du poumon, restent quant à elles des perspectives de recherche. Elles doivent encore être évaluées et encadrées par des données scientifiques solides.
Une publication cosignée par l’IHU RespirERA
Cette revue critique est cosignée par le Pr Paul Hofman, directeur de l’IHU RespirERA, et le Pr Umberto Malapelle, chercheur au département de santé publique de l’Université Federico II de Naples.
Elle a notamment bénéficié du soutien de l’IHU RespirERA (programme France 2030), du projet européen SPARC, de la FHU OncoAge et du réseau COALA.
En précisant les bénéfices, les limites et les conditions de la décentralisation, cette publication contribue à définir une organisation capable de rapprocher les analyses moléculaires des centres de soins tout en maintenant le niveau de qualité nécessaire à leur utilisation clinique.
➡️ Lire l’article complet : The de-centralization perspective for liquid biopsy use in thoracic pathology the way to go. Critical Reviews in Oncology Hematology. 2026