Cigarette électronique et flacon de liquide de vapotage sur fond neutre.

Cigarette électronique : mieux comprendre ses effets sur les poumons

Le vapotage n’est pas sans conséquences sur la santé respiratoire, y compris sans nicotine. Une revue scientifique réunissant plusieurs membres de l’IHU RespirERA fait le point sur les effets pulmonaires de la cigarette électronique et les difficultés à identifier les lésions associées.

Utilisée par certains fumeurs pour arrêter le tabac, la cigarette électronique concerne aussi des personnes qui n’ont jamais fumé, notamment des adolescents et de jeunes adultes. Ces situations appellent des messages de prévention différents.

Dans la Revue Francophone des Laboratoires, les auteurs rassemblent les connaissances sur les substances inhalées, leurs effets sur les poumons et les moyens de reconnaître les atteintes associées au vapotage. Cet article de synthèse croise les résultats d’expériences en laboratoire et les observations réalisées chez l’être humain.

Des substances inhalées qui ne se limitent pas à la nicotine

La cigarette électronique chauffe un liquide pour produire un aérosol (un mélange de fines particules et de gouttelettes en suspension dans l’air). Sa composition dépend du dispositif, du liquide utilisé et des conditions de chauffage.

Outre la nicotine, les produits inhalés peuvent contenir des solvants, des arômes, des substances formées lors du chauffage et des métaux provenant de certains composants de l’appareil.

Des expériences sur des cellules et des animaux montrent que plusieurs de ces substances peuvent provoquer une inflammation, perturber les défenses pulmonaires ou endommager l’ADN (la molécule qui porte l’information génétique des cellules). L’absence de nicotine ne suffit donc pas à rendre le vapotage inoffensif. Ces résultats expérimentaux doivent toutefois être distingués des effets effectivement démontrés chez l’être humain.

Des atteintes respiratoires de gravité variable

La revue décrit différents troubles observés en association avec le vapotage : toux, irritation des voies respiratoires, symptômes d’asthme et atteintes inflammatoires pulmonaires.

Des formes aiguës sévères ont également été rapportées, regroupées sous le terme EVALI (lésions pulmonaires associées à l’utilisation de produits de vapotage). Les épisodes décrits aux États-Unis ont notamment impliqué des produits contenant du THC (la principale substance psychoactive du cannabis) et de l’acétate de vitamine E, utilisé comme additif dans certains liquides.

Ces situations rappellent que les risques varient selon les produits inhalés. Elles ne permettent pas d’attribuer le même niveau de risque à tous les dispositifs et à tous les usages.

Des effets à long terme encore difficiles à mesurer

Les liens entre vapotage et maladies respiratoires chroniques font l’objet de recherches, notamment pour la bronchopneumopathie chronique obstructive, ou BPCO (une maladie qui réduit durablement le passage de l’air dans les bronches), les fibroses pulmonaires (des maladies qui rigidifient les tissus pulmonaires) et le cancer du poumon.

Concernant le cancer, certains résultats expérimentaux mettent en évidence des mécanismes susceptibles de favoriser son développement. Des études chez l’être humain rapportent aussi des associations, mais elles ne suffisent pas à établir un lien de cause à effet entre le vapotage seul et le cancer du poumon.

L’interprétation reste difficile : les dispositifs évoluent rapidement, les liquides sont très variés et de nombreux utilisateurs fument ou ont fumé du tabac. Le recul demeure également insuffisant pour apprécier certains effets après plusieurs décennies d’exposition.

Identifier les lésions demande de croiser les informations

La revue souligne le rôle du pathologiste thoracique (le médecin qui examine au microscope les cellules et les tissus pour diagnostiquer les maladies du thorax).

Les lésions observées chez les utilisateurs de cigarettes électroniques peuvent ressembler à celles d’autres maladies pulmonaires. L’examen au microscope ne permet donc pas, à lui seul, d’en attribuer l’origine au vapotage.

Le diagnostic repose sur la confrontation des symptômes, des examens d’imagerie, des analyses et, lorsqu’ils sont disponibles, des prélèvements pulmonaires. Il nécessite aussi de connaître les habitudes de consommation : durée, fréquence, dispositif et nature des produits inhalés.

Distinguer l’arrêt du tabac de l’entrée dans le vapotage

Les auteurs rappellent une distinction essentielle : chez un fumeur, remplacer complètement les cigarettes par le vapotage peut contribuer à réduire l’exposition aux substances toxiques du tabac. Cette démarche ne doit pas être confondue avec l’usage de la cigarette électronique par une personne qui n’a jamais fumé.

Ils soulignent l’intérêt d’un accompagnement par des professionnels de santé, avec un objectif d’arrêt complet du tabac, puis, à terme, du vapotage. Chez les jeunes non-fumeurs, la prévention vise à éviter une exposition inutile aux substances inhalées et l’installation d’une dépendance à la nicotine.

Mieux informer sur ces différences et mieux documenter les consommations sont deux leviers pour prévenir les risques et aider les soignants à reconnaître les atteintes pulmonaires associées au vapotage.