Pourquoi certains traitements ciblés contre le cancer du poumon perdent-ils leur efficacité ? Une étude dans la revue npj Precision Oncology, dont le Pr Paul Hofman, directeur de l’IHU RespirERA est premier auteur, explore les modifications génétiques associées à ces résistances. Elle souligne l’intérêt de réexaminer la tumeur lorsque la maladie progresse.
Une tumeur peut évoluer au cours du traitement
Certains cancers du poumon présentent une anomalie du gène ALK, qui participe au développement de la tumeur. Des thérapies ciblées (des médicaments conçus pour agir sur une anomalie précise des cellules cancéreuses) permettent de traiter ces cancers.
Cependant, les cellules tumorales peuvent évoluer au fil du temps. De nouvelles mutations (des modifications de leur ADN) peuvent apparaître et rendre un médicament moins efficace. D’autres mécanismes peuvent aussi permettre aux cellules cancéreuses de continuer à se développer malgré le traitement.
Comprendre ces résistances constitue donc un enjeu pour orienter la suite de la prise en charge.
Une vaste analyse pour identifier les mécanismes de résistance
Les chercheurs ont étudié les résultats d’analyses génétiques de près de 135 000 prélèvements de tissu ou de sang provenant de patients atteints d’un cancer du poumon. Parmi ces prélèvements, 3 344 présentaient une anomalie d’ALK.
L’étude met en évidence une diversité de mécanismes de résistance. Certaines modifications touchent directement ALK. D’autres concernent des gènes qui permettent aux cellules cancéreuses d’utiliser d’autres voies pour poursuivre leur développement.
Plusieurs mutations de résistance peuvent également être présentes dans un même prélèvement. Cette diversité montre pourquoi un traitement ne peut pas être choisi uniquement à partir des caractéristiques de la tumeur identifiées au début de la maladie.
Réexaminer la tumeur lorsque la maladie progresse
Lorsque le cancer progresse malgré un traitement ciblant ALK, une nouvelle analyse génétique peut apporter des informations sur les résistances apparues.
Elle peut être réalisée à partir d’un prélèvement de tissu tumoral ou d’une biopsie liquide (une analyse recherchant dans le sang des fragments d’ADN provenant de la tumeur). Ces approches permettent de rechercher des modifications susceptibles d’éclairer le choix du traitement suivant.
Les auteurs soulignent l’intérêt d’une analyse portant sur plusieurs gènes. En effet, rechercher uniquement les modifications d’ALK pourrait laisser de côté d’autres mécanismes de résistance.
L’objectif est de disposer d’une description plus complète de l’évolution du cancer pour aider les médecins à évaluer les options thérapeutiques.
Des observations cliniques à confirmer
Les chercheurs ont également examiné les traitements reçus et l’évolution de la maladie dans un groupe de patients pour lesquels ces informations étaient disponibles.
Leurs observations suggèrent l’intérêt de tenir compte du profil de résistance de la tumeur pour choisir le traitement suivant. Elles restent toutefois à interpréter avec prudence : cette partie de l’étude repose sur de petits effectifs, et certaines différences observées ne permettent pas de conclure avec suffisamment de certitude.
Il s’agit d’une étude rétrospective (fondée sur l’analyse de données déjà recueillies), qui ne démontre pas à elle seule le bénéfice d’une stratégie thérapeutique. Des études plus larges, suivant les patients dans le temps, seront nécessaires pour confirmer ces observations et évaluer les pistes proposées.
Avec cette publication, le Pr Paul Hofman contribue à mieux décrire les résistances aux traitements ciblant ALK. Ces connaissances constituent une base pour étudier des prises en charge davantage adaptées à l’évolution de chaque cancer.