Grâce au déploiement des programmes de dépistage par scanner thoracique à faible dose, le cancer du poumon est aujourd’hui détecté plus tôt, souvent avant l’apparition de symptômes. Ces diagnostics concernent notamment l’adénocarcinome pulmonaire, la forme la plus fréquente de cancer du poumon. À ces stades très précoces (dits 0 ou IA) la chirurgie constitue le traitement de référence et permet généralement d’obtenir de bons résultats.
Cependant, le suivi des patients montre que cette prise en charge ne suffit pas toujours à prévenir l’évolution de la maladie. Malgré une intervention réalisée à un stade précoce, certains patients développent des récidives ou des métastases dans les années suivantes. L’analyse classique des tissus tumoraux, basée sur l’observation au microscope, ne permet pas systématiquement d’identifier les tumeurs au comportement plus agressif. Ce constat souligne la nécessité de disposer d’outils complémentaires pour mieux évaluer le risque dès le diagnostic.
Mieux comprendre la tumeur grâce à l’analyse génétique
Pour répondre à cet enjeu, les équipes de l’IHU RespirERA ont conduit une étude portant sur 239 patients atteints d’adénocarcinome pulmonaire à un stade très précoce. Cette recherche s’appuie sur le séquençage de nouvelle génération, une technologie permettant d’analyser simultanément de nombreux gènes impliqués dans le développement du cancer.
L’approche retenue, dite de séquençage « réflexe », consiste à réaliser systématiquement cette analyse génétique dès le diagnostic initial. L’objectif est de mieux caractériser la tumeur dès sa découverte, sans attendre une éventuelle progression de la maladie. Cette stratégie vise à établir un portrait moléculaire de chaque cancer, en identifiant des biomarqueurs susceptibles d’orienter la surveillance et la prise en charge des patients.
Des résultats rapides et riches en informations
Les résultats de l’étude montrent que cette approche est non seulement réalisable, mais aussi particulièrement rapide. Les profils génétiques complets ont été obtenus en un peu plus de quatre jours en moyenne, un délai compatible avec les contraintes du parcours de soin.
Sur le plan scientifique, l’analyse révèle que la majorité des tumeurs étudiées présentent déjà des anomalies génétiques, y compris à un stade très précoce. Certaines de ces anomalies concernent des gènes bien connus, impliqués dans la croissance des cellules cancéreuses, et pour lesquels des traitements ciblés existent déjà ou sont en cours de développement. Environ un tiers des patients présente ainsi des altérations génétiques considérées comme cliniquement pertinentes, ouvrant la voie à une prise en charge plus personnalisée.
Vers une classification plus précise des cancers du poumon
L’étude met également en évidence des liens entre les anomalies génétiques identifiées et l’aspect des tumeurs observé au microscope. Certaines mutations sont plus fréquemment associées à des formes de cancer au comportement moins agressif, tandis que d’autres sont davantage retrouvées dans des tumeurs plus invasives. Ces résultats confirment l’intérêt de combiner les données issues de l’analyse histologique classique et celles provenant du séquençage génétique.
En intégrant ces informations dès le diagnostic, il devient possible d’affiner la classification des cancers du poumon et de mieux stratifier les patients selon leur risque réel d’évolution de la maladie.
L’IHU RespirERA au cœur de l’innovation en oncologie de précision
Cette étude a été réalisée intégralement au sein de l’IHU RespirERA, en collaboration étroite avec le laboratoire de pathologie clinique et expérimentale (LPCE), ainsi que les services de pneumologie et de chirurgie thoracique du CHU de Nice. Elle illustre la capacité de l’institut à intégrer des technologies de pointe, comme le séquençage génomique ultra-rapide accrédité, directement dans le parcours de soin des patients.
Soutenue par l’État français dans le cadre du programme France 2030, cette recherche s’inscrit pleinement dans l’ambition de l’IHU RespirERA de développer une oncologie de précision en santé respiratoire. En améliorant la compréhension des cancers du poumon dès leurs stades les plus précoces, l’institut contribue à faire évoluer les stratégies de suivi et de traitement, avec l’objectif d’anticiper les récidives et d’améliorer durablement le pronostic des patients.
Article complet : Lung Cancer 2026 – Genomic landscape of stage 0–IA lung adenocarcinoma identified by on-site reflex targeted NGS