Une question clé enfin tranchée par une étude internationale d’envergure
Le cancer du poumon chez les personnes n’ayant jamais fumé représente aujourd’hui près d’un quart des cas diagnostiqués dans le monde. Pourtant, ses mécanismes restent encore mal compris. Parmi les pistes explorées ces dernières années, le rôle du microbiome pulmonaire (c’est-à-dire l’ensemble des bactéries présentes dans les poumons) a suscité un fort intérêt scientifique, avec des résultats parfois contradictoires.
Publiée dans la revue Nature Communications, une nouvelle étude internationale issue du projet Sherlock-Lung, à laquelle ont contribué des équipes liées à l’IHU RespirERA, apporte aujourd’hui une réponse claire et rigoureuse à cette question.
La plus vaste analyse jamais menée sur le microbiome pulmonaire chez les non-fumeurs
Cette étude constitue la plus grande analyse à ce jour du microbiome dans le cancer du poumon chez les non-fumeurs (LCINS). Les chercheurs ont analysé les données de 940 patients, à partir de plus de 4 090 échantillons provenant de tissus tumoraux, de tissus pulmonaires sains adjacents et de prélèvements sanguins.
Pour garantir des résultats robustes, les scientifiques ont combiné plusieurs approches de pointe (séquençage de l’ARNr 16S, séquençage du génome entier et analyses ARN-seq). Cette approche dite multi-omique permet de croiser les données biologiques et génétiques afin d’éviter les biais méthodologiques observés dans certaines études précédentes.
Un résultat clé : un microbiome pulmonaire très limité et sans impact clinique
Les conclusions sont sans ambiguïté :
- Les poumons présentent une biomasse bactérienne très faible, sans commune mesure avec celle d’organes comme l’intestin.
- Quelques genres bactériens (comme Acinetobacter, Corynebacterium, Pseudomonas ou Staphylococcus) peuvent être détectés, mais sans lien cliniquement significatif avec la maladie.
Aucune association n’a été mise en évidence entre le microbiome pulmonaire et :
- l’âge ou le sexe des patients,
- l’exposition au tabagisme passif,
- le stade de la tumeur ou la survie globale,
- les altérations génomiques de la tumeur (mutations conductrices, signatures mutationnelles).
En clair, chez les non-fumeurs non traités, le microbiome pulmonaire ne semble pas jouer un rôle déterminant dans le développement ou l’évolution du cancer du poumon.
Une étude qui remet de l’ordre dans un champ de recherche complexe
L’importance de cette étude ne réside pas dans la découverte d’un nouveau facteur de risque, mais dans la solidité de son « résultat nul ». Grâce à une taille d’échantillon inédite et à des protocoles extrêmement stricts pour éliminer toute contamination, les chercheurs montrent que si un effet du microbiome existait, il aurait été détecté.
Cette rigueur méthodologique établit un nouveau standard pour les recherches futures et permet de recentrer les efforts scientifiques vers des pistes plus prometteuses, comme la génétique humaine ou certains facteurs environnementaux.
Une contribution majeure des équipes niçoises et de l’IHU RespirERA
Les équipes de Nice ont joué un rôle clé dans cette étude internationale.
Le CHU de Nice, l’Université Côte d’Azur et la Biobanque de Nice ont fourni des échantillons biologiques et des données cliniques essentielles, avec 78 patients inclus dans la cohorte mondiale.
Le Professeur Paul Hofman, co-auteur de l’étude, directeur de l’IHU RespirERA et figure majeure de la recherche en santé respiratoire à Nice, a contribué à l’expertise scientifique et à la qualité des analyses. Cette implication illustre le rôle structurant des équipes associées à l’IHU dans les grandes collaborations internationales visant à mieux comprendre et prévenir les maladies respiratoires.
Une avancée décisive pour orienter la recherche future
En apportant une vision claire et fiable du paysage microbien pulmonaire chez les non-fumeurs, cette étude agit comme un véritable « coup de balai scientifique ». Elle permet d’écarter des hypothèses fragiles et d’orienter la recherche vers les leviers les plus pertinents pour améliorer le diagnostic, la prévention et la prise en charge du cancer du poumon.
Lien vers la publication : Microbiome analysis of 940 lung cancers in neversmokers reveals lack of clinically relevant associations