Un article publié dans Lung Cancer met en lumière le rôle des biomarqueurs pour mieux guider l’utilisation de nouveaux traitements ciblés dans le cancer du poumon.

Cancer du poumon : mieux identifier les patients pouvant bénéficier de nouveaux traitements ciblés

Les traitements du cancer du poumon connaissent une évolution rapide. Parmi les innovations les plus prometteuses figurent les anticorps-médicaments conjugués, aussi appelés ADC (Antibody-Drug Conjugates, des traitements qui associent un anticorps capable de reconnaître une cellule cancéreuse à une molécule destinée à la détruire).

Dans un article de revue publié dans la revue scientifique Lung Cancer, Véronique Hofman, Guylène Rignol, Baharia Mograbi, Marius Ilié et Paul Hofman, aux côtés de plusieurs experts internationaux, analysent les nouveaux défis posés par ces traitements dans le cancer du poumon. L’article met particulièrement en avant le rôle central des biomarqueurs (signaux biologiques permettant d’orienter le diagnostic ou le choix d’un traitement) et des pathologistes dans leur identification.

Des traitements ciblés, mais pas encore universels

Les ADC représentent une nouvelle génération de traitements en oncologie thoracique. Leur principe est d’acheminer une molécule active directement vers les cellules tumorales, en ciblant certaines caractéristiques présentes à leur surface. Cette stratégie pourrait permettre de mieux attaquer la tumeur tout en limitant certains effets sur les tissus sains.

Mais tous les patients ne répondent pas de la même manière à ces traitements. L’un des grands enjeux est donc de savoir, avant le traitement, quels patients ont le plus de chances d’en bénéficier. C’est ici que les biomarqueurs jouent un rôle essentiel.

Dans le cancer du poumon, plusieurs cibles sont aujourd’hui étudiées, notamment HER2, c-MET, TROP2, HER3 ou encore B7-H3. Certaines sont déjà utilisées pour guider des décisions thérapeutiques, tandis que d’autres nécessitent encore des études complémentaires pour confirmer leur intérêt.

Le pathologiste au cœur de la médecine de précision

Pour identifier ces biomarqueurs, les équipes s’appuient notamment sur l’immunohistochimie (technique de laboratoire permettant de visualiser certaines protéines dans les cellules d’un tissu) et sur la biologie moléculaire (analyse des caractéristiques génétiques ou moléculaires d’une tumeur).

Le pathologiste doit ainsi analyser des échantillons parfois très petits, issus de biopsies ou de prélèvements cytologiques, tout en préservant suffisamment de matière pour réaliser plusieurs tests. Cette mission devient de plus en plus complexe avec l’arrivée de nouveaux traitements ciblés, de l’immunothérapie et désormais des ADC.

L’article souligne la nécessité de développer des stratégies plus efficaces pour organiser ces analyses, éviter l’épuisement des prélèvements et fournir des résultats fiables dans des délais compatibles avec la prise en charge des patients.

Des défis techniques pour faire entrer l’innovation dans la pratique

L’intégration des biomarqueurs associés aux ADC dans la routine clinique soulève plusieurs défis. Les auteurs mettent notamment en avant la variabilité des échantillons, les différences entre les méthodes de coloration, les seuils d’interprétation, les outils d’analyse et les exigences de qualité.

Un même biomarqueur peut par exemple être évalué avec des scores différents selon le traitement étudié. Cette situation peut compliquer l’interprétation des résultats et la communication entre pathologistes et oncologues.

Pour répondre à ces difficultés, l’article insiste sur l’importance de recommandations internationales harmonisées, de procédures de contrôle qualité, de réseaux de validation entre laboratoires et d’une meilleure coordination entre les équipes cliniques, biologiques et anatomopathologiques.

L’intelligence artificielle et la pathologie intégrative comme leviers d’avenir

Les auteurs mettent également en avant le potentiel de la pathologie computationnelle (analyse d’images médicales grâce à des outils numériques et à l’intelligence artificielle) pour améliorer la lecture des biomarqueurs. Ces outils pourraient aider à quantifier plus précisément l’expression de certaines protéines et à réduire les variations d’interprétation entre laboratoires.

L’article souligne aussi l’importance de la pathologie intégrative (approche qui combine les résultats morphologiques, moléculaires, biologiques et numériques pour mieux comprendre une tumeur). Cette vision globale est essentielle pour accompagner l’évolution de la médecine de précision dans le cancer du poumon.

À terme, l’objectif est clair : mieux relier les caractéristiques de chaque tumeur aux options thérapeutiques disponibles, afin d’orienter chaque patient vers le traitement le plus adapté.

Une expertise portée par l’IHU RespirERA

Ces travaux illustrent l’expertise de l’IHU RespirERA dans le domaine de l’oncologie thoracique, des biomarqueurs, de la pathologie moléculaire et de la médecine de précision. Ils s’inscrivent pleinement dans l’ambition de l’Institut : accélérer le transfert des avancées scientifiques vers des applications concrètes pour les patients atteints de maladies respiratoires, notamment de cancers pulmonaires.

En contribuant à structurer les connaissances sur les biomarqueurs des ADC, les équipes de l’IHU RespirERA participent à une réflexion internationale majeure sur l’avenir du traitement du cancer du poumon.

Les anticorps-médicaments conjugués ouvrent de nouvelles perspectives pour les patients atteints de cancer du poumon. Pour que ces innovations bénéficient au plus grand nombre, l’identification fiable des biomarqueurs, l’harmonisation des pratiques et l’accès équitable aux tests seront des étapes déterminantes.

Lire l’article complet : New biomarkers for antibody-drug conjugates in lung cancer the pathologist’s perspective. Lung Cancer. 2026