Professionnel de laboratoire tenant un échantillon de plasma.

Biopsie liquide : une publication récente réalisée sur l’égide de la société européenne de pathologie précise sa place dans les cancers du poumon et du sein

Pour comprendre un cancer, les médecins commencent généralement par analyser un fragment de la tumeur. Ce prélèvement permet d’identifier le type de cancer et d’en étudier certaines caractéristiques. Mais il arrive que l’échantillon soit trop petit, difficile à obtenir ou ne corresponde plus à l’état actuel de la maladie. Comment recueillir alors les informations moléculaires manquantes sans réaliser systématiquement un nouveau prélèvement ?

Une partie de la réponse peut se trouver dans le sang. Les cellules tumorales y libèrent de petits fragments d’ADN. En les recherchant, la biopsie liquide peut apporter une autre pièce du puzzle et donner des informations complémentaires sur la tumeur.

C’est le sujet d’un article d’opinion d’experts de la Société européenne de pathologie, publié le 27 août 2026 dans la revue Virchows Archiv. Il ne présente ni un nouveau test ni les résultats d’un essai clinique. Les auteurs analysent les connaissances disponibles et précisent la place que peut occuper l’ADN tumoral circulant dans la prise en charge de certaines tumeurs solides.

Dans le sang, une autre lecture de la maladie

La biopsie liquide repose sur une prise de sang. Elle est donc moins invasive qu’un nouveau prélèvement de tissu et peut être répétée au cours de la maladie. Elle peut aussi fournir plus rapidement certaines informations génétiques et détecter des évolutions apparues depuis le premier diagnostic.

Le sang ne raconte toutefois pas toute l’histoire. L’analyse d’un tissu reste indispensable pour déterminer précisément la nature du cancer, observer la forme et l’organisation des cellules ou mesurer certains marqueurs. Les deux approches ne sont donc pas en concurrence : elles répondent à des questions différentes.

Cancer du poumon : obtenir une information quand le tissu manque

Le premier exemple étudié concerne le cancer bronchique non à petites cellules avancé. Dans cette situation, l’identification de certaines anomalies génétiques peut aider les équipes médicales à choisir un traitement ciblé adapté au profil moléculaire de la tumeur.

Lorsque le prélèvement tissulaire est indisponible ou insuffisant, l’ADN tumoral circulant peut fournir plus rapidement une partie de ces informations. Au moment où la maladie progresse, il peut aussi aider à repérer certains mécanismes de résistance apparus sous traitement.

Un résultat négatif dans le sang doit cependant être interprété avec prudence. Certaines tumeurs libèrent très peu d’ADN dans la circulation et certaines anomalies, notamment des fusions de gènes, restent difficiles à détecter. Lorsque cela est possible, une analyse du tissu demeure alors nécessaire. Les auteurs ne retiennent d’ailleurs pas une stratégie unique : selon la situation, les équipes peuvent commencer par le sang, par le tissu ou analyser les deux en parallèle.

Cancer du sein : suivre une tumeur qui évolue

Dans le cancer du sein métastatique avec récepteurs hormonaux positifs et HER2 négatif, l’intérêt de la biopsie liquide est différent. Sous l’effet des traitements hormonaux, la tumeur peut évoluer et développer de nouveaux mécanismes de résistance.

Une mutation du gène ESR1, par exemple, peut apparaître au cours du traitement alors qu’elle n’était pas présente au diagnostic. La rechercher dans le sang permet d’obtenir une vision plus actuelle de la maladie et peut contribuer à orienter la suite de la prise en charge. L’article aborde également les gènes de la voie PI3K, comme PIK3CA, AKT1 et PTEN.

Là encore, le tissu conserve un rôle essentiel. Une analyse sanguine peut détecter certaines anomalies génétiques, mais elle ne permet pas de mesurer la perte d’expression de la protéine PTEN. Comprendre la maladie nécessite donc de rapprocher les différentes informations plutôt que d’opposer les prélèvements.

Du test à une organisation fiable des soins

Pour la Société européenne de pathologie, l’enjeu ne se limite pas aux performances techniques. Une biopsie liquide n’est utile que si le prélèvement, l’analyse et l’interprétation répondent aux mêmes exigences de qualité.

Les auteurs appellent ainsi à harmoniser les méthodes en Europe, à standardiser les comptes rendus, à développer les contrôles externes de qualité et à former les professionnels. Ils insistent aussi sur la nécessité d’un accès plus équitable à ces analyses et sur le rôle central des laboratoires de pathologie et de diagnostic moléculaire, en lien étroit avec les cliniciens.

Une publication cosignée par le Professeur Paul Hofman

Paul Hofman, directeur de l’IHU RespirERA, figure parmi les six auteurs.

Cette publication défend ainsi une approche intégrée : utiliser le sang lorsqu’il peut apporter une information utile, conserver le tissu pour les analyses le nécessitant et réunir ces résultats pour mieux comprendre l’évolution de la tumeur.

 

➡️ Lire l’article complet : Liquid biopsy in solid tumours: expert opinion paper of the European society of pathology. Virchows Archiv. 2026