Le Pr Paul Hofman, directeur de l’IHU RespirERA, cosigne un article publié le 3 novembre 2026 dans ILCN, le média de l’IASLC, l’Association internationale pour l’étude du cancer du poumon. Il y présente, avec deux experts internationaux, l’intérêt et les limites d’une analyse approfondie des tumeurs dès les stades précoces.
Des biomarqueurs pour mieux orienter les soins
Deux personnes atteintes d’un même type de cancer peuvent présenter des tumeurs aux caractéristiques biologiques différentes. Identifier ces particularités aide les équipes médicales à choisir les traitements susceptibles d’être les plus adaptés.
La recherche de biomarqueurs (caractéristiques biologiques mesurables, comme une modification d’un gène ou la présence d’une protéine) apporte ces informations. Les analyses sont réalisées en laboratoire, notamment sur un échantillon prélevé lors d’une biopsie (prélèvement d’un fragment de tissu) ou d’une intervention chirurgicale.
Cette démarche participe à la médecine de précision (une prise en charge tenant compte des caractéristiques biologiques de la maladie). Elle peut aussi aider à identifier un essai clinique adapté au profil de la tumeur.
Un enjeu également pour les cancers opérables
L’article concerne les cancers bronchiques non à petites cellules (une grande famille de cancers du poumon), lorsqu’ils sont diagnostiqués à un stade précoce. Pour certains patients opérables, des traitements médicamenteux peuvent être proposés avant ou après la chirurgie.
Le choix de certaines thérapies ciblées (médicaments dirigés contre une anomalie particulière des cellules cancéreuses) dépend notamment de modifications de gènes comme EGFR ou ALK. D’autres analyses contribuent à orienter l’utilisation de l’immunothérapie (traitement qui aide les défenses immunitaires à combattre le cancer).
Disposer des résultats au moment de décider du traitement devient donc essentiel.
La qualité et la quantité de tissu prélevé, ainsi que l’organisation des analyses, conditionnent cet accès à une prise en charge personnalisée.
Analyser plusieurs marqueurs dès le diagnostic
Un consensus international cité dans l’article soutient la recherche de plusieurs anomalies génétiques et l’évaluation de PD-L1 (une protéine utilisée pour orienter certaines décisions d’immunothérapie) dès le diagnostic des cancers non métastatiques (sans propagation à distance).
Le séquençage de nouvelle génération, ou NGS (technique permettant d’étudier plusieurs gènes en parallèle), peut contribuer à cette analyse. L’objectif est de disposer d’informations utiles pour préparer la stratégie thérapeutique.
Certaines approches restent toutefois en évaluation. C’est notamment le cas de l’utilisation systématique de l’ADN tumoral circulant (fragments d’ADN libérés par la tumeur dans le sang) pour guider les décisions autour de la chirurgie.
Intégrer les analyses au parcours de soins
Dans leur article, Paul Hofman, Kurt A. Schalper et Fernando Lopez-Rios soulignent aussi les difficultés pratiques : coût, interprétation de certains résultats et délais d’analyse. Ces examens doivent s’intégrer au parcours sans retarder inutilement une intervention.
Mieux caractériser la tumeur dès le diagnostic exige ainsi des tests fiables et une coordination entre les équipes. L’enjeu est de rendre les informations biologiques disponibles au moment où elles peuvent éclairer les choix de traitement.