Un groupe d’experts européens a publié un document de consensus pour mieux définir quels cancers bronchiques de stade III peuvent être opérés. Ce travail doit aider à harmoniser les pratiques et à mieux sélectionner les patients dans les futurs essais cliniques. Le Pr Paul Hofman, directeur de l’IHU RespirERA, a participé à cette publication en tant que co-auteur.
Mieux repérer les cancers du poumon de stade III qui peuvent être opérés
Le cancer bronchique non à petites cellules (CBNPC), la forme la plus fréquente de cancer du poumon, est parfois particulièrement difficile à évaluer au stade III. À ce stade, la maladie peut être très différente d’un patient à l’autre : la tumeur peut être encore relativement limitée, ou au contraire plus étendue, avec des ganglions déjà touchés dans le thorax.
Cette diversité complique les décisions médicales, en particulier pour savoir si une opération est possible. Elle rend aussi plus difficile la comparaison entre les essais cliniques, car les patients inclus ne répondent pas toujours aux mêmes critères d’un centre à l’autre.
Pour répondre à cette difficulté, un consensus européen porté par l’EORTC a été élaboré afin de mieux définir la résecabilité technique (la possibilité de retirer complètement la tumeur par chirurgie).
Un cadre commun pour mieux comparer les essais cliniques
L’objectif de ce travail est de proposer des repères communs pour les futurs essais cliniques portant sur les cancers du poumon de stade III.
En pratique, il s’agit d’éviter que chaque équipe utilise sa propre définition d’une tumeur « opérable ». Avec des critères plus clairs et partagés, les études pourront être plus cohérentes, plus faciles à comparer, et donc plus utiles pour faire progresser la prise en charge des patients.
Un travail collectif mené à l’échelle européenne
Ce document est le résultat d’une collaboration entre plusieurs sociétés savantes internationales. Pour construire ce consensus, les experts ont utilisé une méthode reconnue, appelée processus Delphi (une méthode qui permet à plusieurs spécialistes de construire un avis commun en plusieurs étapes).
Leur réflexion s’est appuyée sur :
- une analyse de la littérature scientifique ;
- une enquête internationale menée auprès de 558 professionnels ;
- l’étude de 105 cas cliniques réels.
Au total, 36 experts ont contribué à l’élaboration de 34 énoncés de consensus.
Une décision qui doit être prise en équipe
Le document rappelle qu’aucune décision ne doit être prise seul. Pour déterminer si une tumeur peut être opérée, l’avis d’une équipe pluridisciplinaire est indispensable. Cette équipe doit réunir plusieurs spécialistes, notamment un chirurgien thoracique, un oncologue, un radiothérapeute, un radiologue, un pathologiste et un pneumologue.
Le bilan initial doit aussi être complet. Il repose notamment sur :
- un scanner thoracique injecté ;
- un PET-CT (un examen d’imagerie qui permet de repérer les zones suspectes dans l’organisme) ;
- une imagerie cérébrale, de préférence une IRM.
Des examens complémentaires sont également recommandés pour vérifier si les ganglions du médiastin sont atteints (les ganglions situés entre les deux poumons).
Des repères plus précis selon l’étendue de la maladie
Le consensus précise plusieurs situations.
Le stade IIIA est globalement considéré comme opérable, notamment dans certaines formes où la tumeur reste localisée et l’atteinte ganglionnaire est limitée.
L’atteinte des ganglions dits N2 joue un rôle majeur dans la décision. Lorsqu’un seul groupe ganglionnaire est atteint, sans volume important ni extension aux structures voisines, la tumeur est considérée comme résecable. Lorsqu’il existe plusieurs zones ganglionnaires atteintes, la situation devient plus discutée et doit être évaluée au cas par cas.
En revanche, lorsque les ganglions sont très volumineux, ou lorsqu’ils envahissent les tissus voisins, la tumeur est généralement considérée comme non opérable.
Pour le stade IIIB, certaines situations peuvent encore relever d’une chirurgie, mais uniquement dans des cas bien sélectionnés. En cas d’atteinte ganglionnaire plus étendue, la maladie est jugée non résecable.
Le stade IIIC, quant à lui, est considéré comme non opérable.
Le cas particulier des tumeurs T4
Le document apporte aussi des précisions pour les tumeurs classées T4, c’est-à-dire des tumeurs plus avancées localement.
Dans certains cas, une chirurgie peut rester envisageable, par exemple si la tumeur est classée T4 en raison de sa taille, ou si elle touche certaines structures pouvant encore être retirées chirurgicalement.
À l’inverse, lorsqu’elle atteint des organes ou structures particulièrement complexes comme le cœur, l’œsophage ou la trachée, la chirurgie n’est généralement pas recommandée, sauf dans des situations très particulières et dans des centres hautement spécialisés.
Des questions qui restent encore ouvertes
Le consensus souligne aussi qu’il existe encore des zones d’incertitude. C’est le cas, par exemple, de la définition exacte d’un ganglion « volumineux », qui peut encore varier selon les équipes.
Autre question importante : certains traitements donnés avant l’opération peuvent parfois réduire la maladie et rendre une chirurgie possible. La place exacte de ces stratégies devra encore être précisée dans les années à venir.
La contribution du Pr Paul Hofman
Le Pr Paul Hofman, directeur de l’IHU RespirERA, a participé à ce travail en tant que contributeur et co-auteur.
Son rôle a porté sur le développement de la méthodologie, ainsi que sur la révision et l’édition du manuscrit final. En tant qu’expert en pathologie, il a pris part à cette réflexion collective menée avec d’autres spécialistes européens, dans le but de mieux encadrer l’évaluation des cancers bronchiques de stade III.
Ce consensus européen constitue une avancée importante pour mieux définir les cancers bronchiques de stade III pouvant être opérés. En apportant des critères plus clairs et partagés, il doit contribuer à améliorer l’organisation des futurs essais cliniques et à faire progresser la prise en charge des patients.