Le samedi 28 février 2026, l’IHU RespirERA a rencontré la population niçoise au Campus Saint-Jean d’Angély pour un débat public consacré à la santé respiratoire. Les experts ont partagé des messages clés sur le dépistage précoce, l’intelligence artificielle, la recherche, l’environnement et la prévention au quotidien.
Pourquoi la santé respiratoire est un enjeu majeur à Nice
Nice et sa région sont particulièrement exposées à des facteurs qui peuvent fragiliser la respiration. Le réchauffement climatique accentue certains phénomènes, les pollens sont très présents sur le territoire, et l’été s’accompagne de pics de pollution liés notamment au trafic, avec un ensoleillement qui favorise la formation d’ozone, un gaz irritant. La population comprend aussi des personnes plus vulnérables, comme les nouveau-nés et les sujets âgés, ce qui renforce l’importance d’actions de prévention et d’information. Dans ce contexte, l’IHU RespirERA porte l’ambition de faire progresser la santé respiratoire en associant soins, recherche de haut niveau et innovations numériques, au plus près des besoins du territoire.
Dépister plus tôt pour sauver des vies
Lors du débat, les experts ont rappelé que le cancer du poumon est souvent découvert tardivement, notamment parce qu’il peut rester longtemps indolore. Pour inverser cette tendance, l’IHU RespirERA déploie des stratégies de dépistage précoce, en particulier avec le programme IMPULSION, un projet pilote en région PACA basé sur un scanner à très faible dose. Une idée simple a été mise en avant : faciliter l’accès au dépistage en allant vers les personnes, par exemple sur des marchés, dans des centres commerciaux ou même au sein d’entreprises, et en proposant des rendez-vous rapides, en moins de sept jours. Les intervenants ont aussi présenté la recherche de marqueurs dans le sang qui pourraient aider à détecter un cancer très en amont, parfois avant même qu’il soit visible à l’imagerie, et à mieux comprendre le risque chez les non-fumeurs, qui représentent une part des cancers du poumon. Enfin, il a été rappelé qu’un scanner peut aussi repérer d’autres problèmes de santé, comme la BPCO, certaines maladies cardiovasculaires ou l’ostéoporose, ce qui ouvre la voie à une approche de dépistage plus globale.
Intelligence artificielle et jumeau numérique : des outils pour aider les médecins
L’intelligence artificielle a été présentée comme une aide précieuse pour les professionnels de santé, sans vocation à les remplacer. Les experts ont expliqué que l’IA peut analyser des images médicales avec une grande constance et repérer de très petits éléments sur un scanner, comme un nodule de la taille d’un grain de riz, au milieu de milliers de structures. Le débat a également mis en lumière le concept de jumeau numérique, qui consiste à créer un modèle informatique personnalisé d’un patient afin de simuler des scénarios de prise en charge, de planifier certains gestes médicaux ou d’anticiper la réponse à un traitement avant de l’appliquer. Cette dynamique s’inscrit aussi dans une logique de collaboration internationale, notamment avec le Memorial Sloan Kettering de New York, afin de comparer des données locales à des bases de données mondiales et de progresser vers une médecine plus précise.
Une recherche de pointe pour comprendre le poumon avant l’apparition des symptômes
Les équipes niçoises de l’IHU RespirERA ont présenté des avancées de recherche fondamentale autour de la cartographie des cellules pulmonaires, en lien avec la démarche Human Cell Atlas. L’objectif est de mieux connaître l’identité et le rôle des cellules du poumon pour comprendre comment certaines maladies se construisent et comment elles évoluent. Les intervenants ont évoqué des découvertes de cellules rares et de profils cellulaires “malades” associés à des pathologies comme l’asthme ou la BPCO, qui pourraient être identifiés très tôt, parfois avant même l’apparition des symptômes. Ils ont également expliqué le principe des jumeaux tissulaires, qui consiste à cultiver en laboratoire des cellules issues de patients afin de tester des stratégies thérapeutiques et d’aller vers des prises en charge plus personnalisées.
Surveiller virus et variants grâce à l’analyse des eaux usées
Parmi les sujets marquants de la rencontre, l’IHU RespirERA a présenté la surveillance épidémiologique par l’analyse des eaux usées. Grâce au séquençage génétique, cette méthode permet de suivre la circulation de virus comme la grippe ou le Covid-19 à l’échelle de la ville et de repérer des signaux très précoces. Les experts ont expliqué que cette approche peut détecter l’arrivée ou la présence d’un variant avec une sensibilité très élevée, ce qui peut aider à mieux anticiper les vagues épidémiques et à adapter les actions de santé publique.
Prévenir au quotidien : qualité de l’air, alimentation, addictions
La prévention a été au cœur des échanges, avec des repères simples à appliquer. Les experts ont rappelé que la pollution de l’air est un facteur de risque important, et qu’à Nice l’ozone d’été peut irriter les voies respiratoires, ce qui incite à adapter ses habitudes lors des épisodes de chaleur et de pollution. Il a été conseillé d’aérer son logement matin et soir en évitant les heures de trafic, et de limiter les efforts sportifs intenses lors des pics de chaleur et de pollution. Les intervenants ont également abordé le lien entre alimentation, microbiote et immunité pulmonaire, en soulignant l’intérêt de limiter les produits ultra-transformés, les sucres et certaines charcuteries, et de privilégier une alimentation plus végétale et des produits complets. Enfin, un message fort a concerné les addictions, avec un rappel sur l’impact du tabac, la vigilance nécessaire face au vapotage chez les jeunes, et les risques respiratoires majeurs liés à certaines substances inhalées. Les experts ont aussi insisté sur le fait que l’addiction est une pathologie chronique qui s’inscrit souvent dans une dimension psychologique, et que la nicotine peut entretenir l’anxiété plutôt que la réduire.
Prévention précoce et médecine de précision, au service des niçois
Cette rencontre a permis de mieux comprendre comment la recherche, l’innovation technologique et la prévention peuvent se renforcer pour transformer la santé respiratoire. L’IHU RespirERA a réaffirmé sa stratégie : agir tôt, dès l’enfance, dépister plus précocement, et développer une médecine de précision appuyée par l’intelligence artificielle. Les échanges ont aussi rappelé l’espoir d’une ouverture prochaine d’un “bâtiment totem” à Nice, pour renforcer encore l’impact de l’IHU RespirERA au service de la population.