En l’espace de vingt ans, la manière de diagnostiquer et de traiter les cancers du thorax, et en particulier le cancer du poumon, a profondément évolué. Longtemps considéré comme une maladie grave au pronostic très limité, ce cancer peut aujourd’hui être mieux contrôlé, et parfois guéri, grâce aux progrès de la recherche médicale. Ces avancées reposent sur une meilleure compréhension du fonctionnement des tumeurs et sur des traitements de plus en plus personnalisés.
À l’occasion de son 20ᵉ anniversaire, le Journal of Thoracic Oncology (JTO) a publié une synthèse internationale retraçant ces progrès majeurs. Cet article a été co-rédigé par des experts du monde entier, dont le Pr Paul Hofman, directeur de l’IHU RespirERA. Il illustre le passage d’une médecine dite « standard », où tous les patients recevaient des traitements similaires, à une médecine de précision, qui adapte la prise en charge aux caractéristiques propres de chaque cancer.
Dépister plus tôt pour mieux soigner
Le dépistage du cancer du poumon est l’un des leviers les plus efficaces pour améliorer la survie des patients. Il repose aujourd’hui sur le scanner thoracique à faible dose, aussi appelé LDCT (Low Dose Computed Tomography). Cet examen d’imagerie permet de détecter des anomalies pulmonaires à un stade très précoce, tout en limitant l’exposition aux rayons X.
De grandes études internationales ont montré que ce type de dépistage permet de réduire significativement le nombre de décès liés au cancer du poumon. En identifiant la maladie avant l’apparition des symptômes, il devient possible de proposer des traitements plus légers et plus efficaces. Pour encadrer cette pratique, les professionnels de santé utilisent désormais des outils comme Lung-RADS, un système de classification qui aide à interpréter les images du scanner et à décider du suivi le plus adapté. L’objectif est d’éviter à la fois les retards de diagnostic et les examens inutiles.
Lorsqu’un cancer est détecté précocement, des traitements localisés peuvent être proposés. La chirurgie permet alors de retirer la tumeur, tandis que la radiothérapie stéréotaxique (SBRT) utilise des faisceaux de rayons extrêmement précis pour détruire les cellules cancéreuses sans abîmer les tissus voisins.
Comprendre la tumeur pour mieux la cibler
Les recherches ont montré que le cancer du poumon n’est pas une maladie unique. Chaque tumeur possède en réalité sa propre « carte d’identité biologique ». Certaines anomalies génétiques, appelées mutations, agissent comme de véritables moteurs de la croissance tumorale.
L’identification de ces mutations a permis l’émergence des thérapies ciblées. Contrairement à la chimiothérapie classique, qui agit de manière globale sur les cellules du corps qui se divisent rapidement, ces traitements ciblent spécifiquement les cellules cancéreuses porteuses d’une anomalie précise. Ils sont souvent mieux tolérés et peuvent être administrés sous forme de comprimés.
Une autre avancée majeure est l’immunothérapie. Cette approche ne vise pas directement la tumeur, mais le système immunitaire du patient. En temps normal, notre système de défense peut reconnaître et éliminer des cellules anormales. Les cellules cancéreuses parviennent cependant à le bloquer. Les médicaments d’immunothérapie lèvent ce « frein » et permettent aux défenses naturelles de notre corps de s’attaquer à la tumeur. Ces traitements ont profondément modifié les stratégies thérapeutiques et amélioré la qualité de vie et les chances de survie de nombreux patients.
Des progrès aussi pour les cancers thoraciques plus rares
Les avancées scientifiques bénéficient également aux cancers thoraciques plus rares, comme le mésothéliome, un cancer de la plèvre souvent lié à l’exposition à l’amiante. Les chercheurs ont identifié le rôle du gène BAP1, dont certaines mutations sont associées à des formes familiales de la maladie. Ces formes évoluent plus lentement et sont associées à une espérance de vie nettement plus longue, ce qui permet d’envisager une prise en charge mieux adaptée.
Les tumeurs du thymus, un organe situé au centre du thorax et impliqué dans le fonctionnement du système immunitaire, font également l’objet de recherches actives. Même si ces cancers restent rares, une meilleure compréhension de leur biologie ouvre la voie à des traitements plus ciblés à l’avenir.
La biopsie liquide : une simple prise de sang pour suivre la maladie
Parmi les innovations les plus prometteuses figure la biopsie liquide. Cette technique consiste à analyser, à partir d’une simple prise de sang, de l’ADN tumoral circulant, c’est-à-dire de petits fragments d’ADN libérés par la tumeur dans le sang. Elle permet d’obtenir des informations précieuses sans avoir recours à des opérations invasives, inconfortable pour les patients.
La biopsie liquide offre également un outil de suivi très fin. Elle peut détecter des traces infimes de cancer après un traitement, appelées maladie résiduelle minimale, bien avant qu’elles ne soient visibles à l’imagerie médicale. Cette détection précoce ouvre la possibilité d’intervenir plus rapidement afin de prévenir les rechutes.
Des avancées majeures à transformer en bénéfices pour tous
En vingt ans, l’oncologie thoracique est entrée dans une nouvelle ère, marquée par une médecine plus précise, plus personnalisée et plus efficace. Le défi actuel est de rendre ces innovations accessibles à tous les patients, quels que soient leur lieu de prise en charge ou leur situation.
Engagé au cœur de cette dynamique, l’IHU RespirERA œuvre pour faire le lien entre recherche de pointe et soins concrets. Dans un contexte où les technologies de pointe, comme le séquençage génomique ou l’intelligence artificielle, deviennent incontournables, cet engagement est essentiel pour continuer à faire progresser la lutte contre les maladies respiratoires.
Article complet : Advances in the Basic Sciences in Thoracic Oncology in the Last 20 Years and Their Translational Impact