Echantillon de sang

Cancer du poumon : une prise de sang pour mieux surveiller la résistance aux traitements ciblés

Une étude co-signée par le Pr Paul Hofman et Caroline Lacoux, membres de l’IHU RespirERA, explore le potentiel de la biopsie liquide multi-omique pour suivre l’évolution du cancer du poumon traité par sotorasib. Cette approche, fondée sur une simple prise de sang, pourrait aider à repérer plus tôt les signes de résistance thérapeutique.

Mieux suivre la résistance d’un cancer au traitement

Le cancer du poumon non à petites cellules, aussi appelé NSCLC, est la forme la plus fréquente de cancer du poumon. Chez certains patients, les cellules tumorales présentent une mutation appelée KRAS p.G12C. Cette anomalie de l’ADN peut favoriser le développement du cancer et constitue une cible pour certains traitements.

Le sotorasib est l’un de ces traitements ciblés. Il agit spécifiquement sur cette mutation et représente une avancée importante pour les patients concernés. Toutefois, avec le temps, certaines tumeurs peuvent développer une résistance thérapeutique (capacité du cancer à échapper progressivement à l’effet d’un traitement).

L’enjeu est donc de mieux surveiller l’évolution de la maladie, afin d’identifier le plus tôt possible les premiers signes de reprise.

La biopsie liquide : observer la tumeur grâce au sang

La biopsie liquide repose sur une simple prise de sang. Elle permet de rechercher dans le sang de petits fragments d’ADN libérés par la tumeur, sans avoir recours à un prélèvement direct du tissu tumoral.

L’étude va plus loin en utilisant une approche dite multi-omique. Cela signifie que plusieurs niveaux d’information biologique sont analysés en même temps. Les chercheurs ont étudié à la fois les mutations de l’ADN et le méthylome (ensemble de marques chimiques présentes sur l’ADN, qui influencent l’activité des gènes sans modifier leur séquence).

Pour le dire simplement, l’analyse génétique permet de repérer les “fautes” dans le texte de l’ADN. L’analyse du méthylome permet, elle, de mieux comprendre comment ce texte est utilisé par les cellules.

Un indicateur pour mesurer l’activité de la tumeur

Les chercheurs ont utilisé une technologie capable d’analyser simultanément 105 gènes liés au cancer et 3 400 régions de l’ADN présentant des marques de méthylation.

À partir de ces données, ils ont étudié un Index de Méthylation, ou MI. Cet indicateur renseigne sur la charge tumorale, c’est-à-dire sur la présence et l’activité de la maladie dans l’organisme.

Son intérêt est d’apporter une information complémentaire à la recherche d’une mutation unique. Même lorsque la mutation KRAS p.G12C n’est plus détectée dans le sang, le MI peut révéler que la tumeur laisse encore des signaux biologiques.

Des résultats prometteurs chez des patients traités par sotorasib

L’étude a porté sur 22 patients atteints d’un cancer du poumon non à petites cellules avancé, porteurs de la mutation KRAS p.G12C et traités par sotorasib. Au total, 91 échantillons de plasma ont été analysés à différents moments du suivi : avant le traitement, environ deux mois après son début, puis au moment de la progression confirmée par imagerie.

Les résultats montrent que l’Index de Méthylation évolue avec l’état de la maladie. Avant traitement, la mutation KRAS p.G12C était détectable dans le sang chez 40,9 % des patients, tandis que le MI était mesurable chez tous. Chez les patients répondant au traitement, les signaux tumoraux diminuaient : la mutation devenait souvent indétectable et le MI baissait également.

À l’inverse, lors de la progression de la maladie, la mutation KRAS réapparaissait ou augmentait chez de nombreux patients, tandis que le MI remontait fortement. Ces résultats suggèrent que cet indicateur pourrait aider à mieux détecter une reprise de la maladie.

L’expertise de l’IHU RespirERA

La participation du Pr Paul Hofman et de Caroline Lacoux à cette étude s’inscrit dans les expertises de l’IHU RespirERA en pathologie, biomarqueurs et biopsie liquide.

L’analyse de traces tumorales dans le sang demande une grande maîtrise des échantillons biologiques, des techniques de pathologie moléculaire et de l’interprétation de données complexes. Ces compétences sont essentielles pour transformer des résultats de laboratoire en outils utiles au suivi des patients.

Ces travaux, soutenus par la bourse ANR IHU 2023-0007, illustrent l’engagement de l’IHU RespirERA dans une recherche translationnelle (recherche qui rapproche les découvertes scientifiques des besoins concrets de la prise en charge médicale).

Vers une oncologie de précision plus réactive

Cette étude reste une preuve de concept, menée sur un nombre limité de patients. Des travaux plus larges seront nécessaires pour confirmer ces résultats et envisager une utilisation en pratique clinique.

Néanmoins, la biopsie liquide multi-omique ouvre des perspectives importantes. En combinant l’analyse des mutations et celle de la méthylation, elle pourrait offrir une vision plus complète de l’évolution tumorale, aider à anticiper les résistances et guider plus finement les décisions thérapeutiques.

 

L’étude de Pepe et al. met en lumière le potentiel de la biopsie liquide multi-omique pour améliorer le suivi du cancer du poumon traité par sotorasib. Avec la contribution du Pr Paul Hofman et de Caroline Lacoux, elle illustre l’implication de l’IHU RespirERA dans le développement d’outils innovants au service d’une oncologie de précision plus personnalisée.

 

Lien de l’article complet : Exploring genomic analysis and methylome profiling in longitudinal series of p.G12C KRAS mutated NSCLC patients treated with sotorasib. The Journal of Liquid Biopsy. 2026